L’Académie Goncourt a annoncé, vendredi 25 septembre 2026, la suppression de sa première sélection du roman C’était ça ou mourir, de l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien, publié aux Éditions Grasset. Cette décision vient clore, provisoirement du moins, plusieurs jours d’une intense polémique autour d’un ouvrage qui avait pourtant été salué comme l’une des révélations de la rentrée littéraire.
Tout est parti d’accusations portées mardi par un compte X anonyme, devenu viral en l’espace de quelques heures, selon lesquelles le roman aurait été très largement rédigé à l’aide de l’intelligence artificielle. L’écrivain avait immédiatement rejeté ces accusations. Le Figaro a par la suite révélé l’identité de la personne se cachant derrière ce compte : il s’agirait de l’essayiste Samuel Fitoussi.
À ces soupçons de recours à l’IA sont venues s’ajouter, dès le lendemain, de nouvelles révélations émanant cette fois de médias canadiens. La Presse et Radio-Canada ont en effet montré qu’une nouvelle et plusieurs articles de Thélyson Orélien, publiés dans les années 2010, reprenaient des passages entiers de textes signés par d’autres auteurs — relançant ainsi la controverse, cette fois sous l’angle du plagiat.
Face à cette double accusation, l’écrivain s’est défendu avec constance, y voyant une tentative de le réduire au silence. Il a confié à l’AFP percevoir une véritable « volonté » de le « faire taire ». Dans le même temps, son éditeur canadien a préféré suspendre sa tournée promotionnelle, tant l’ampleur prise par l’affaire rendait la situation intenable.
Jusqu’à mercredi encore, la présidence de l’Académie Goncourt affichait une certaine prudence. Son président, Philippe Claudel, avait alors confié avoir beaucoup apprécié le roman et n’avoir, à aucun moment, soupçonné à sa lecture un quelconque recours à l’intelligence artificielle — tout en prévenant que l’Académie se prononcerait si des preuves irréfutables venaient à apparaître avant le 6 octobre, date de la publication de la deuxième liste.
Ces éléments sont finalement survenus plus tôt que prévu. Dans son communiqué publié vendredi, l’Académie explique fonder sa décision sur deux éléments distincts : d’une part, les plagiats dont l’auteur se serait rendu coupable au fil du temps, récemment révélés, qui ne concernent pas directement son roman mais au moins une nouvelle et plusieurs articles publiés au Canada ; d’autre part, la conviction, forgée à partir d’analyses convergentes menées par des chercheurs et des journalistes, que le roman serait très largement issu de l’intelligence artificielle. L’institution justifie ainsi son choix par la volonté de préserver l’intégrité du prix et de réaffirmer son rôle : promouvoir une littérature réellement écrite par ses auteurs, sans recours à l’intelligence artificielle générative.
Reste que cette exclusion demeure, pour l’heure, isolée. Aucun autre jury littéraire n’a en effet suivi l’Académie Goncourt dans sa décision. Le roman figure toujours dans les premières sélections du Renaudot, du Femina, du Médicis et du Prix Décembre, ainsi que dans celle du Goncourt des lycéens. L’auteur avait par ailleurs déjà été distingué par plusieurs récompenses, dont le Prix Fnac.
L’Académie Goncourt précise qu’elle ne fera pas d’autre commentaire sur ce dossier, et annonce la publication de sa deuxième liste, réduite à huit ouvrages, pour le 6 octobre 2026.
(Avec agences)