Sous l’eau

À chaque averse diluvienne, le même scénario catastrophe se rejoue dans nos rues, à l’image des visions d’apocalypse récentes à Bab Alioua. Cette vulnérabilité de nos infrastructures n’a plus rien d’un accident conjoncturel : elle révèle un mal chronique et structurel que les gouvernements successifs n’ont jamais su juguler.
Le désastre est pourtant largement humain. L’incivisme du quotidien, qui transforme la voie publique en décharge, finit inévitablement par obstruer les bouches d’évacuation. A cela s’ajoute la négligence répétée de certains entrepreneurs du bâtiment qui abandonnent terre et gravats sur leurs anciens chantiers, laissant les premières pluies charrier ces débris au fond des canalisations.
Pour sortir de cet enlisement, la création d’un office national dédié aux eaux pluviales s’impose comme une urgence absolue. A l’image de l’ONAS pour les eaux usées, cet organisme permettrait enfin de planifier les réseaux, d’identifier les points noirs et d’assurer un curage régulier. Sur le plan technique, des solutions simples existent déjà, comme l’installation de socles filtrants en aluminium capables de retenir les déchets solides sans entraver le débit de l’eau.
D’autres nations montrent, d’ailleurs, la voie à suivre. La France s’appuie sur des schémas directeurs stricts et des avaloirs à paniers amovibles. L’Allemagne mise sur le concept de «ville-éponge» pour favoriser l’infiltration naturelle par des surfaces perméables et des toits végétalisés. Enfin, les Pays-Bas confient cette mission aux waterschappen, des institutions autonomes dotées de moyens financiers et techniques considérables.
Cependant, aucune infrastructure ne pourra pleinement remplir son rôle sans un véritable choc des mentalités. Le comportement citoyen demeure le maillon fort de cette chaîne. Des campagnes de sensibilisation nationales, menées dans les écoles, les quartiers et les médias, doivent rappeler sans relâche qu’un déchet jeté dans la rue est une inondation préparée pour demain.

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