Pour sa dixième soirée, la 60ᵉ édition du Festival international de Carthage a fait une halte magistrale en Espagne. Devant un parterre diplomatique et un public subjugué, la troupe du Ballet Flamenco de Andalucía a livré une prestation d’une rigueur technique et d’une intensité physique exemplaires.
Sous la voûte antique du Théâtre romain de Carthage, le silence qui a accompagné les premières frappes de talons relevait presque du sacré. Ce 30 juillet, l’enceinte millénaire accueillait Tierra Bendita (« Terre bénie »), la dernière création du Ballet Flamenco de Andalucía. Organisée en partenariat avec l’Ambassade du Royaume d’Espagne en Tunisie, la soirée revêtait une nette dimension institutionnelle et diplomatique. Étaient notamment présents le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, l’ambassadeur d’Espagne, M. Isidro González Afonso, ainsi que plusieurs représentants du corps diplomatique accrédité en Tunisie.
Conçu comme une traversée géographique et thématique des provinces andalouses, le spectacle orchestre un dialogue permanent entre la mémoire des chants paysans, la rigueur des fêtes populaires et une écriture chorégraphique contemporaine. Sous la direction artistique de Patricia Guerrero, épaulée pour les chorégraphies par Eduardo Leal, la structure de la pièce s’appuie également sur la poésie de Manuel Benítez Carrasco pour lier les différents tableaux.
Un engagement physique absolu
Sur scène, l’interprétation a rapidement dépassé le simple cadre de la démonstration académique. Les treize danseuses et danseurs de la compagnie, Adriana Gómez, Alberto López, Alejandro Fernández, Alicia Gavilán, Álvaro Aguilera, Ángel Fariña, Araceli Muñoz, Arturo Fajardo, Claudia « La Debla », Hugo Aguilar, María Carrasco, Natalia Alcalá et Sofía Suárez, ont littéralement « mouillé le maillot », enchaînant les séquences avec une précision millimétrée et une énergie incandescente. Sous l’intensité des projecteurs, l’effort était brut et palpable. A chaque mouvement brusque, chaque jeté de chevelure, les gouttes de sueur volaient sur scène comme une pluie fine, témoignant d’un engagement physique total et sans retenue.
Dans une palette vestimentaire où dominaient le rouge, le noir, le jaune et le blanc, la maîtrise visuelle de la troupe n’a laissé place à aucune fausse note.
Cette exigence chorégraphique a trouvé son pendant direct dans l’architecture sonore du spectacle. La virtuosité du zapateado, ces percussions de pieds caractéristiques, s’est ajustée au millième de seconde avec la création musicale portée aux guitares par Jesús Rodríguez et José Luis Medina, et rythmée par les percussions précises de David « Chupete ». Au-dessus de ce maillage temporel d’une grande finesse, les voix sombres, puissantes et habitées des chanteurs Amparo Lagares et Manuel de Ginés ont apporté la charge dramatique essentielle au cante.
Fait notable pour une scène carthaginoise habituellement sujette aux rumeurs de la foule, le public a fait preuve d’une attention rare et constante. Loin de toute agitation, les festivaliers, captivés par la sobriété et la puissance des interprètes, ont suivi la représentation dans un calme presque religieux, ne brisant le silence que pour saluer, par de lourdes salves d’applaudissements, la fin des tableaux majeurs.
En offrant une immersion dénuée d’artifices dans l’art flamenc moderne, le Ballet Flamenco de Andalucía n’a pas seulement honoré un patrimoine inscrit à l’Unesco ; il a rappelé la capacité du Festival de Carthage à demeurer un espace de haute tenue artistique et de dialogue culturel en Méditerranée.
Crédit photos: Festival International de Carthage
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