Les répercussions de l’insécurité régionale au Moyen-Orient se font sentir jusqu’au détroit de Gibraltar. Les compagnies maritimes ont modifié leurs itinéraires et imposé des surtaxes, ce qui entraîne une hausse des coûts pour les échanges passant par le port marocain de Tanger Med.
Les compagnies maritimes ont instauré des surtaxes liées aux risques de guerre, aux situations d’urgence sécuritaires et aux déviations de routes maritimes. Ces surcoûts varient de 1 500 à 3 300 dollars par conteneur standard. À cela s’ajoute une majoration pouvant atteindre 4 mille dollars pour les équipements spécialisés. En sus de ces surtaxes, les tarifs de base ont augmenté sur les liaisons reliant le Maroc à l’Asie de l’Est, avec des hausses comprises entre 700 et mille dollars par conteneur.
L’insécurité régionale et la fermeture du détroit d’Ormuz ont également fait augmenter le prix du fioul lourd à très faible teneur en soufre. Dans la semaine suivant les premiers signes de conflit en Iran, les prix ont augmenté de 35 %. Dans certains ports de soutage, les hausses cumulées dépassent les 100 %. Des surtaxes d’urgence pour le soutage ont été appliquées sur toutes les routes maritimes internationales, y compris celles desservant le Maroc.
Par ailleurs, les alliances de compagnies maritimes ont modifié leurs itinéraires. L’alliance Gemini, qui réunit Maersk et Hapag-Lloyd, a suspendu le 6 mars sa liaison ME11/IMX. Elle l’a remplacée par la liaison AE19/SE4, qui passe par le cap de Bonne-Espérance. D’autre part, l’alliance Premier, composée de ONE, HMM et Yang Ming, a restructuré sa liaison MS2. Elle est désormais scindée en deux lignes distinctes : la liaison MD2 relie l’Asie à la Méditerranée et continue de desservir Tanger Med, tandis que la liaison GS2 relie le golfe Persique au Pacifique et subit de fortes perturbations.
Les compagnies maritimes privilégient désormais les routes contournant l’Afrique. Elles réorganisent leurs escales, ce qui permet au port de Tanger Med de maintenir sa connectivité. Cette situation s’explique par la position de Tanger Med en tant que plate-forme de transbordement, capable d’absorber le trafic dévié et de s’intégrer aux nouvelles routes maritimes. L’impact sur le trafic deviendra visible vers la mi-avril. Qui plus est, la route par le cap de Bonne-Espérance allonge les temps de navigation de 10 à 14 jours.
En 2024, environ 110 mille navires ont transité par le détroit de Gibraltar, soit une moyenne de 300 navires par jour. En comparaison, le détroit de Malacca a enregistré 258 navires par jour et le détroit d’Ormuz 153 navires par jour avant le déclenchement du conflit. Près de 10 % du commerce maritime mondial transite par Gibraltar pour entrer en Méditerranée ou en sortir. En plus de ces flux, environ 25 % du trafic total est constitué de traversées en ferry entre l’Espagne et le Maroc.