Les exportations tunisiennes vers le continent africain devraient doubler d’ici 2030 pour atteindre 13 milliards de dinars, selon Anis Jaziri, président du Tunisia Africa Business Council. Cet objectif, jugé ambitieux mais réalisable, repose sur une collaboration étroite entre le gouvernement, le secteur privé et la société civile, incluant les ministères concernés, le CEPEX, les organisations patronales et les chambres de commerce. Par ailleurs, cette ambition s’appuie sur la demande soutenue du marché africain, portée par une activité économique en croissance, qui offre des possibilités d’investissement, d’exportation et de valorisation du savoir-faire tunisien.
Pour atteindre cet objectif, le TABC a élaboré un programme couvrant la période 2025-2030, qui doit contribuer à doubler la valeur des exportations tuniso-africaines et à renforcer la présence des entreprises tunisiennes sur les marchés du continent. Ce programme prévoit la création de plusieurs consortiums sectoriels dans les infrastructures, les technologies et les télécommunications, l’enseignement supérieur et la formation professionnelle, le tourisme, la santé et l’industrie. L’objectif de ces regroupements consiste à dépasser le modèle d’exportation individuelle afin de permettre aux acteurs tunisiens de se positionner sur de grands projets structurants. Face à une concurrence internationale forte, notamment chinoise, turque, européenne, américaine, marocaine, égyptienne et algérienne, qui propose des solutions clés en main allant de la conception au financement pour des mégaprojets intégrés, les entreprises tunisiennes isolées ne peuvent pas rivaliser. Le regroupement en consortiums permet de travailler efficacement dans une démarche collaborative et d’apporter des solutions globales. À ce propos, Anis Jaziri a mis l’accent sur la réussite du consortium TUCAD, créé en 2025 dans le domaine des infrastructures après deux ans de concertations, précisant que l’objectif est de dupliquer ce modèle à d’autres secteurs et de proposer aux pays africains une offre globale intégrée.
Selon Anis Jaziri, les entreprises tunisiennes implantées en Afrique ne pourront pas progresser sans solutions de financement, un véritable défi pour la réalisation des projets sur le continent. Pour 2029, le programme prévoit la création d’une banque d’affaires panafricaine dénommée VIP, destinée à accompagner les opérateurs économiques tunisiens. Cette banque sera pilotée par le TABC aux côtés de banques africaines, de fonds d’investissement africains et de tout investisseur prêt à s’engager. À cet égard, le président du TABC a lancé un appel aux banques tunisiennes et aux fonds d’investissement tunisiens pour s’associer à cette démarche et jouer un rôle actif, précisant que le Conseil Bancaire et Financier sera sollicité pour présenter cette vision et espérer le compter parmi les partenaires de cette banque d’affaires. La création de cette banque constitue l’un des piliers majeurs pour la réussite des entreprises tunisiennes en Afrique. À terme, le TABC prévoit la consolidation de ses différentes structures à travers la création d’une société mère, TABC Holding, qui regrouperait les différents consortiums ainsi que la banque d’affaires. Cette société mère serait ensuite introduite à la Bourse des valeurs mobilières de Tunis et à la Bourse régionale des valeurs mobilières de l’UEMOA à Abidjan. Cette ouverture du capital vise à associer les membres adhérents du TABC, les investisseurs institutionnels, les établissements bancaires et les fonds d’investissement partenaires. Cela permettra de renforcer les capacités financières de la société mère, qui sera en mesure d’établir des représentations et des bureaux dans les pays africains, garantissant un suivi et un accompagnement de ces consortiums, et de pallier la présence diplomatique limitée dans la région, où la Tunisie ne compte actuellement que 8 à 9 ambassades en Afrique subsaharienne. Anis Jaziri a qualifié ce projet de stratégique pour le secteur privé tunisien, visant à instaurer une complémentarité entre le rôle de la société civile et celui des institutions publiques, notamment les ministères du Commerce et des Affaires étrangères, le CEPEX, la FIPA et la TIA, en épaulant les entreprises dans l’exploration et la conquête de nouveaux marchés africains.
Plusieurs obstacles continuent de freiner le développement des échanges commerciaux, notamment l’absence de ligne maritime directe, la couverture encore très restreinte de Tunisair vers un certain nombre de capitales africaines, l’inadaptation du code des changes au développement des exportations et de l’implantation des entreprises, ainsi qu’une représentation diplomatique tunisienne encore trop limitée, privant les opérateurs de leur droit d’accéder à certains marchés stratégiques. Face à ces contraintes, les acteurs économiques ont su faire preuve d’adaptabilité. Ainsi, à défaut de vols directs suffisants, les opérateurs s’appuient sur d’autres compagnies aériennes, effectuant des trajets plus longs pour maintenir leurs flux d’affaires. Le transit est assuré par des ports intermédiaires tels que Gênes, Marseille et Tanger-Med, pour acheminer les marchandises à destination, mais avec des délais d’expédition rallongés de deux à trois semaines. Selon le président du TABC, la priorité réside aujourd’hui dans la modernisation du code des changes, un chantier auquel le Conseil s’attelle activement. L’assouplissement de cette réglementation est indispensable pour faciliter les transferts de fonds, simplifier l’octroi des cautions et libérer les capitaux nécessaires à l’implantation de filiales à l’étranger. Anis Jaziri a également mis l’accent sur l’importance d’identifier des solutions aux défis de la logistique et du transport, proposant l’ouverture de nouvelles liaisons aériennes vers l’Afrique subsaharienne et de l’espace aérien pour des pays africains. Sur le plan maritime, il a préconisé la création de deux ou trois lignes directes, que ce soit via la CTN ou à travers le secteur privé, pour desservir des ports performants en Afrique, garantissant un délai d’acheminement réduit n’excédant pas les 10 jours.
Actuellement, les exportations tunisiennes vers l’Afrique représentent 10 % des échanges globaux de la Tunisie, soit 6,5 milliards de dinars. Toutefois, la part destinée à l’Afrique subsaharienne est de l’ordre de 1,6 milliard de dinars, soit 3 % du commerce extérieur du pays. En dix ans, le TABC a ciblé 44 marchés en Afrique de l’Ouest, centrale et de l’Est sur un total de 55 pays. Au cours des cinq prochaines années, l’organisation prévoit de prospecter le reste des marchés africains, à raison de trois missions annuelles dans des pays à fort potentiel tels que l’Afrique du Sud, l’Angola et le Zimbabwe.
MBY