Tunisie : Expérimentation d’un film protecteur pour limiter l’évaporation dans les barrages

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La Tunisie a engagé un projet pilote visant à réduire l’évaporation de l’eau stockée dans les barrages, phénomène qui constitue l’une des principales causes de pertes pour le système national d’approvisionnement durant la période estivale. L’initiative a été présentée par le secrétaire d’État aux Ressources en eau, Hamadi Habaieb, à l’occasion de la signature de quatorze contrats de programmes de recherche au Centre de biotechnologie de Borj Cedria, dans le gouvernorat de Ben Arous. Selon les explications fournies par le ministère tunisien de l’Agriculture, cette technique repose sur l’application d’un film protecteur mince à la surface de l’eau afin d’en limiter l’évaporation.

Le projet est actuellement en cours au barrage de Lebna, situé dans le gouvernorat de Nabeul. Des tests en laboratoire y ont débuté pour évaluer l’impact du matériau utilisé sur la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine et à l’irrigation. En fonction des résultats obtenus, une extension à d’autres infrastructures hydrauliques pourra être envisagée. Par ailleurs, d’autres solutions sont explorées pour atténuer les effets de la chaleur et du changement climatique sur les ressources en eau, parmi lesquelles l’installation de panneaux solaires flottants.
Hamadi Habaieb a indiqué que la Tunisie perd près d’un million de mètres cubes d’eau par jour en raison de l’évaporation durant l’été. Ce volume, selon les autorités, correspond à la consommation cumulée du Grand Tunis, de Nabeul, du Sahel et de Sfax. Cette situation a conduit les services concernés à rechercher des moyens techniques susceptibles de réduire ces pertes récurrentes. En sus de cette contrainte structurelle, la pression sur les ressources en eau s’est accrue ces dernières années sous l’effet des épisodes de sécheresse répétés.
Ce test intervient dans un contexte où la situation des réservoirs du pays connaît une amélioration relative. Au 30 mars, le taux de remplissage des barrages tunisiens atteignait 58 %, un niveau supérieur à celui enregistré à la même période l’année précédente. À cela s’ajoute l’effet des récentes précipitations, qui ont contribué à une remontée des nappes phréatiques atteignant dans certains cas près de quatre mètres. Par conséquent, le secrétaire d’État a fait état d’une augmentation d’environ 500 millions de mètres cubes des réserves par rapport à l’année précédente.
Cette amélioration globale ne doit toutefois pas masquer des disparités territoriales marquées. D’après le dernier bilan régional publié le 24 mars, les taux de remplissage dépassent 67 % dans le Nord et 90 % dans le Cap Bon, tandis que les barrages du Centre restent stables entre 12 et 13 %. Qui plus est, la situation hydrique du pays demeure fragilisée par une contrainte structurelle de longue date. La Banque africaine de développement décrit la Tunisie comme un pays souffrant de pénuries d’eau chroniques, avec moins de 450 mètres cubes d’eau par habitant et par an, ce qui place le territoire en dessous du seuil de pénurie absolue fixé à 500 mètres cubes.

En parallèle, le gouvernement tunisien a reconnu la sécheresse comme une catastrophe naturelle pour la campagne agricole 2023-2024 dans douze gouvernorats. Cette décision illustre la persistance d’un stress hydrique dont les effets cumulés sur plusieurs années ne sont pas compensés par la seule remise en état des barrages. D’autre part, l’expérimentation menée au barrage de Lebna s’inscrit dans une série d’initiatives visant à diversifier les réponses techniques face à la raréfaction de la ressource. Les résultats des tests en laboratoire permettront de déterminer si ce procédé peut être déployé à plus grande échelle pour limiter les pertes liées à l’évaporation, qui reste un défi majeur pour la gestion de l’eau dans le pays.

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