Bien avant l’invention des robots, Descartes imagine, en 1647, « l’homme-machine ». Les ingénieurs, dit-il, fabriqueront des appareils automatiques semblables au corps humain. En langue tchèque, “rabota” signifie corvée.
L’emploi de la machine permet d’éviter les inconvénients de la manipulation et de la subjectivité. Ce deuxième aspect demeure sous-étudié. Interviewée le 26 mai, une enseignante universitaire me dit : « J’ai remis les copies d’examen corrigées à l’employé chargé de les porter au secrétariat. Assis derrière la petite séparation, il compte puis me dit : « Il manque une copie. » Affolée, je me suis mise à trembler au point de pleurer. Égarer une copie d’examen est d’une extrême gravité.
Une collègue présente me dit : « Regarde encore l’enveloppe, peut-être qu’elle s’y trouve ». Au moment où j’avance la main pour saisir l’enveloppe, l’employé essaye de s’en emparer mais je la saisis avant lui et j’en retire la copie ». A ce niveau du propos, je demande :
-« Mais pourquoi essayait-il de s’emparer de l’enveloppe pour t’empêcher de la prendre ? »
-« Il voulait me créer des ennuis avec l’administration. C’est un nahdhaoui et il savait que je suis progressiste ».
Gourou de la noire décennie, Ghannouchi et ses principaux lieutenants redécouvrent l’ambiant des prisons. Mais ses partisans, revanchards, hantent les rouages de l’administration.
Ce témoignage, édifiant, suggère deux interprétations.
Les ravages commis par les Nahdhaouis ne sont pas finis. Nombreux et malfaisants, ils ne ratent aucune occasion de saborder l’économie, l’éducation et l’information.
Le deuxième enseignement de l’interview a trait aux avantages d’une robotisation généralisée. Mis à la place de l’employé, le robot pourra compter sans se tromper. En outre, de son panoptique, il ne pourra ni surveiller ni punir, dirait Foucault. Le tenant de l’émancipation n’aura guère à déjouer les méfaits du passéiste impénitent.
Au cas où « l’homme-machine » remplacerait l’homme tout court, l’immémoriale et classique lutte des classes disparaîtrait par le passage des humains aux machins. D’ici, je vois les patrons se frotter les mains.
La robotisation traite aussi l’absentéisme des ronds-de-cuir et les certificats médicaux délivrés par complaisance pour les affaires irrégulières des malades imaginaires.
Durant le mois de Ramadan, le buraliste le plus proche de mon habitation rejoint son travail après dix heures du matin. Il m’oblige à revenir. Une fois, je lui ai dit ceci : « Le commerce remplit une fonction sociale assurée entre l’acheteur et le vendeur. Essaye de venir plus tôt. »
L’employé de son voisin, l’épicier, me dit : « Saha lih. Sans patron pour le contrôler, il vient quand il veut. »
Ainsi va, ou plutôt, ne va pas le monde où l’Angleterre compte chaque seconde au point d’inventer l’expression « time is money ». Hors du temps travaillé, il n’y a de miracle ni économique ni politique.
Par sa vision futuriste afférente à la robotisation, Descartes inscrit son profil intellectuel parmi celui des plus célèbres génies tels que Michel Ange et Léonard de Vinci.
Par son avance paroxystique en matière de robotique, la Chine domine l’Afrique, l’Europe et l’Amérique.
Cependant, une situation paradoxale a partie liée avec son système de production. Car l’explosion tue bien des humains dans les mines de charbon.
Ainsi sévit la cohabitation poursuivie entre novation et tradition. Ce dualisme paradoxal n’épargne guère les Etats-Unis où la technologie la plus avancée côtoie un pouvoir chapeauté par Trump le parrain d’une mafia sans foi ni loi.
De même, Poutine et XI Jinping rêvent d’immortalité humaine devant la gesticulation d’un robot sophistiqué, bourré d’électronique. Ici aussi, un contraste saisissant juxtapose l’ancien au récent. Et maintenant, sur le champ de bataille, avec la perspective du robot-soldat, la quincaillerie relèguera aux oubliettes l’antique chevalerie.