Beït al-Hikma : L’heure de la mue

L’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts, Beït al-Hikma, s’apprête, ce samedi 26 septembre, à écrire une page inédite de son histoire. Pour la première fois depuis sa création en 1983, cette institution prestigieuse sera présidée par une femme. La Pr Raja Yassine Bahri, enfant de la maison ayant dirigé le Département des Lettres en son sein, succède ainsi au professeur Mahmoud Ben Romdhane à la tête de l’Académie. Universitaire dont la production scientifique, riche et féconde, s’est illustrée par de nombreux ouvrages consacrés à l’histoire et à la civilisation du monde méditerranéen, elle prononcera, à cette occasion, l’allocution inaugurale de l’année académique 2026-2027 pour dévoiler les grandes orientations qu’elle entend imprimer à son mandat. Nul doute que son action s’inscrira dans la continuité de la vocation historique de l’institution, mais celle-ci doit désormais opérer un véritable changement de cap, en s’ouvrant plus résolument sur son environnement, tant national qu’international.

Car si l’Académie joue, depuis sa fondation, un rôle essentiel dans la diffusion du savoir — à travers les conférences et colloques qu’elle organise en son sein ou dans le cadre de partenariats noués avec d’autres institutions — cette mission, aussi noble soit-elle, ne suffit plus à l’aune des défis contemporains. Il est temps que cette institution unique en son genre étende son rayonnement au-delà de ses murs : en tissant des liens plus étroits avec les universités à travers tout le pays, mais aussi avec les établissements scolaires, par le biais de conférences, de séminaires ou de visites guidées destinées aux élèves. Nouer des partenariats avec davantage d’associations et organisations, nationales comme internationales, dont les missions recoupent les préoccupations de l’Académie, devrait également constituer une priorité.

A cet égard, il serait opportun de se tourner vers de nouveaux partenaires, à l’instar de l’Académie Beït al-Hikma de Chine, dont les objectifs rejoignent, à bien des égards, ceux de son homologue tunisienne. Lors d’une visite effectuée il y a deux ans au sein de cette institution chinoise, nous avons pu constater qu’elle ne se contente pas d’être un lieu de savoir, elle œuvre également, avec constance, à la promotion de la Culture chinoise à travers le monde. L’Académie tunisienne gagnerait à s’inspirer de cette expérience, en produisant des supports, imprimés comme numériques, destinés à faire rayonner notre civilisation et notre patrimoine bien au-delà de nos frontières. Nos représentations diplomatiques à l’étranger pourraient, dans cette perspective, constituer un partenaire stratégique de premier plan.

Il est temps que Beït al-Hikma sorte de sa réserve et s’ouvre pleinement à son environnement notamment régional. Demeurer une institution élitiste, repliée sur elle-même, n’est plus une option viable, c’est bien d’un changement de cap dont cette académie a aujourd’hui besoin.

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