Les cours du cacao ont chuté récemment après avoir atteint des sommets en 2024, mais cette baisse ne profite pas aux consommateurs et fragilise encore davantage les producteurs d’Afrique de l’Ouest. Au Ghana et en Côte d’Ivoire, qui fournissent l’essentiel de la production mondiale, des milliers de planteurs attendent toujours d’être payés. Certains témoignent de situations dramatiques, à l’image d’Akosua Frimpong, une productrice ghanéenne de 52 ans, qui a expliqué à la BBC n’avoir pas eu les moyens d’emmener son mari à l’hôpital avant qu’il ne décède à domicile.
Un mécanisme de fixation des prix qui se retourne contre les planteurs
Le système de commercialisation du cacao repose au Ghana et en Côte d’Ivoire sur un prix administré fixé un an à l’avance par les autorités nationales. Ce dispositif vise à protéger les producteurs des fluctuations du marché mondial. Cependant, la récente évolution des cours a créé une situation inédite. Après une flambée en 2024, les prix se sont effondrés. Par conséquent, les fèves ouest-africaines se retrouvent aujourd’hui environ 40 % plus chères que le tarif que les négociants internationaux sont prêts à payer. Ce décalage bloque les transactions et prive les planteurs de leurs revenus.
La chute des cours s’explique par plusieurs évolutions. Une récolte mondiale abondante est survenue alors que la demande des chocolatiers faiblissait. Face aux prix élevés du cacao l’année précédente, les fabricants ont réduit la taille des tablettes et diminué la proportion de cacao dans leurs recettes. Qui plus est, les stocks constitués pendant la période de flambée ont permis aux transformateurs de ralentir leurs achats.
Une filière asphyxiée par des difficultés structurelles
La situation actuelle plonge la filière cacao dans une crise profonde. Les producteurs, déjà confrontés à des conditions de vie difficiles, se retrouvent sans trésorerie. Leurs exploitations sont situées dans des zones reculées, souvent au cœur de massifs forestiers, avec des infrastructures rudimentaires. L’accès à l’électricité et à l’eau courante y reste limité. Par ailleurs, l’éloignement des centres de commercialisation complique l’écoulement des récoltes et renforce la dépendance aux intermédiaires.
Même lorsque les cours mondiaux étaient au plus haut en 2024, les cacaoculteurs estimaient ne pas profiter de cette manne. Les circuits de commercialisation captent une part importante de la valeur ajoutée. Les planteurs, eux, restent confrontés à des difficultés récurrentes : revenus irréguliers, vieillissement des vergers, pression des maladies, manque de moyens pour investir. L’effondrement actuel des achats aggrave encore une situation déjà précaire.
En théorie, la baisse des cours du cacao devrait finir par se répercuter sur les prix des tablettes de chocolat dans les pays consommateurs. Cependant, cette baisse mettra du temps à atteindre les linéaires. Les contrats d’approvisionnement des grands chocolatiers sont négociés plusieurs mois à l’avance, et les fabricants répercutent plus vite les hausses que les baisses. D’autre part, la transformation du cacao en chocolat intègre d’autres coûts (sucre, lait, transport, emballage) qui n’ont pas tous baissé.
En attendant une reprise des achats, les producteurs ghanéens et ivoiriens comptent sur les autorités nationales pour trouver une issue. Mais le mécanisme de prix garantis, censé les protéger, s’est retourné contre eux lorsque les cours mondiaux ont chuté. Le décalage de 40 % entre le prix administré et le prix de marché bloque aujourd’hui les exportations. En plus de cela, la prochaine récolte approche et les incertitudes s’accumulent sur la capacité de la filière à écouler sa production dans des conditions acceptables pour les planteurs.