La médecine tunisienne en deuil : Le Professeur Ali Triki tir sa révérence

La médecine tunisienne vient de perdre l’un de ses plus illustres piliers. Professeur Ali Triki, ancien doyen de la Faculté de Médecine de Sfax et figure historique de la pédiatrie vient de tirer sa révérence. Sa disparition, survenu jeudi 22 mai, laisse un immense vide, mais couronne une vie entière dédiée à la science, à la transmission et au service de l’humain.
Né le 1er août 1937 à Sfax, le jeune Ali Triki y effectue ses premières années d’études, d’abord à l’école Errachad au Centre El Hattab, puis à l’école Echabab, où il décroche son certificat d’études primaires en juin 1950. Il entame ensuite son cycle secondaire au Collège de Sfax, près de l’hôtel de ville à Bab Bhar. A l’âge de 17 ans, son destin l’amène à quitter sa ville natale pour Tunis afin de poursuivre ses études au prestigieux Collège Sadiki de Khaznadar, où il obtient son baccalauréat français en juin 1958.
Dès l’octobre suivant, il s’inscrit en année préparatoire de médecine à l’Institut des hautes études de Tunis, tout en exerçant comme surveillant au lycée de Bardo. En 1959, il s’envole pour la France et intègre les bancs de la Faculté de Médecine de Paris. Il y soutient brillamment sa thèse de doctorat d’État en 1967 avec la mention « Très Honorable », avant de se consacrer entièrement à ses études de spécialisation en pédiatrie.
De retour en Tunisie en 1968, le Professeur Ali Triki commence sa carrière comme médecin contractuel à l’Institut national de la santé de l’enfance (actuel hôpital d’enfants de Tunis), d’abord au sein du service du Professeur Chadli Tabbane, puis dans celui du Professeur Béchir Hamza après avoir réussi le concours d’assistant. Agrégé en avril 1976, il est nommé professeur conférencier agrégé à la Faculté de Médecine de Sfax, deux ans seulement après la création de cette institution en 1974.
Dans sa ville natale, il se voit confier la direction du service de pédiatrie du CHU Hédi Chaker, une mission qu’il mène d’abord en étroite collaboration avec les docteurs Abdelmajid Jallouli (alors responsable du secteur privé) et Ahmed Rekik, premier assistant hospitalo-universitaire du service, ainsi qu’avec le soutien à mi-temps des docteurs Ridha Fourati et Ahmed Siala. Parallèlement, il supervise les centres de santé de base de tout le gouvernorat de Sfax, avant de prendre officiellement et pleinement la tête du service de pédiatrie en 1980.
Au sein de la Faculté de Médecine de Sfax, le Pr Ali Triki gravit tous les échelons avec dévouement. Directeur-conseiller de la bibliothèque universitaire de 1977 à 1990 et président du conseil de santé du CHU Hédi Chaker de 1980 à 1984, il est élu à la tête de l’institution en tant que Doyen pour deux mandats consécutifs, en 1990 puis en 1993, marquant de son empreinte la gouvernance académique de la région.
Parallèlement à sa riche carrière médicale et universitaire, le Pr Triki était un homme profondément engagé dans la vie publique et la société civile. Membre actif de la section régionale du Conseil de l’Ordre des Médecins de Sfax de 1978 à 1991, il en devient le vice-président lors de la création du premier conseil régional de 1991 à 1997. Son empathie naturelle s’est également exprimée à travers son engagement associatif : il a présidé l’Association de lutte contre le cancer dans le Sud de 1995 à 2007, et a dirigé la commission médicale de l’Association de soutien aux handicapés moteurs de Sfax de 1996 à 2001.
C’est ce parcours exceptionnel, où la rigueur scientifique a toujours côtoyé la générosité du cœur, qui restera à jamais gravé dans la mémoire collective tunisienne.
Grand bâtisseur et pédagogue hors pair, le Professeur Triki laisse derrière lui un héritage académique monumental. Il a formé, guidé et inspiré des générations entières de pédiatres qui perpétuent aujourd’hui son savoir-faire, tout en veillant sur la santé de milliers d’enfants qu’il a soignés tout au long de sa riche carrière.
Au-delà de ses compétences cliniques exceptionnelles, il incarnait à la perfection la figure du médecin humaniste. Reconnu pour sa bienveillance naturelle, sa patience infinie et sa profonde empathie, il ne reculait devant aucun sacrifice, se tenant disponible jour et nuit pour répondre à l’appel de ceux qui souffrent.
Paix à son âme.

Source : Amicale Des Pédiatres De Libre Pratique De Sfax

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