La coupe du monde de football 2026 a démarré le jeudi 11 juin sous haute tension géopolitique. Un grand événement sportif à cheval sur trois pays de l’Amérique du Nord : le Mexique, le Canada et les États-Unis. Ce sport, très populaire, est un phénomène global, il est ludique en apparence, mais culturel et civilisationnel, social et économique, politique et identitaire, dans son essence. Nous ne nous arrêterons plus désormais, comme on faisait avant, au résultat des rencontres. Les échos se poursuivent bien au-delà pour toucher tous les secteurs sans exception. Car la globalisation galopante a tout transformé en un phénomène général et en un événement planétaire. Elle a mis à terre tous les obstacles traditionnels qui cloisonnaient les secteurs. Elle a effacé les spécificités, déraciné les constantes et changé le rythme des changements. Elle a aussi reformulé les pratiques et les comportements pour les refonder. C’est que nous vivons dans un monde en grandes mutations, qui change à une vitesse ahurissante, où les distances se sont réduites, les frontières évanouies, les intérêts confondus et les cultures mélangées. Mais le plus important dans tout cela est le fait que ce qu’il était “convenu” d’appeler des “constantes établies” se sont effondrées au rythme d’une mondialisation totale et envahissante.
Malheureusement les inquiétudes politiques et sécuritaires entourant cette vingt-troisième éditions ont atteint leur paroxysme : joueurs, entraîneurs, accompagnateurs, arbitres et supporters ont été interrogés et placés en détention, pendant des heures, par les services d’immigration américains. Fouilles renforcées, restrictions d’accès, interdiction de fouler le sol américain pour un arbitre Somalien et plusieurs participants dont la délégation iranienne qui a pris ses quartiers à Tijuana, au Mexique, au lieu de Tucson, dans l’État américain de l’Arizona, comme initialement prévu. Les autorités américaines ont refusé de délivrer des visas aux membres de l’équipe iranienne, alors qu’ils jouent leurs trois matchs de phase de groupes aux États-Unis.
Voilà une nouvelle preuve brutale sur la vitesse à laquelle les repères d’une « Amérique civilisée » peuvent se perdre, les systèmes politiques les plus démocratiques peuvent se défaire.
Les slogans relatifs aux droits de l’homme aux États-Unis ne saurait cacher la réalité d’une dangereuse dérive d’une politique sécuritaire chère aux populistes de l’extrême droite.
Soyons un brin réalistes et débarrassons-nous des sentiments qui nous ligotent et nous empêchent de voir la réalité en face. Il n’est pas besoin d’avoir écouté les discours et les déclarations fortement médiatisés de Donald Trump ou d’avoir lu les chroniques de plusieurs leaders de l’opinion publique dans ce pays pour savoir que la haine banalisée contre les « autres différents », éternels boucs émissaires en temps de crise et de conspirationnisme débridé, avance dangereusement, portée par une soupe identitaire aux ingrédients variés selon les circonstances, mais toujours agrémentée d’une grande dose de racisme. En ce sens, nous pouvons concevoir que les États-Unis de l’extrême droite ont perdu leur guerre des slogans, avec des politiques éhontées, quand il s’agit des droits de l’homme. En portant atteinte aux valeurs d’un sport censé être vecteur universel d’émancipation, d’hospitalité bienveillante et d’égalité, la première puissance mondiale a confirmé sa défaite stratégique, pour perdre du même coup sa crédibilité, et par ricochet son pouvoir moral.
Où sont passés les officines droits-de-l’hommisme à sens unique, les associations de lutte contre le racisme et l’intolérance ? A des rares exceptions près, elles brillent hélas par leur absence.
62