La guerre américano-israélienne a remis la question religieuse sous les projecteurs, focalisant sur la nécessité d’analyser le phénomène et de s’y intéresser (mon article : Réalités, numéro 2093). Sauf dans le monde arabe où les chercheurs et les spécialistes peinent à trouver les mots ! Ont-ils peur d’aborder cette question, au risque d’être qualifiés de mécréants ? Peut-être, surtout que les plus à plaindre, dans cette histoire, sont les quelques lanceurs d’alerte, qui ont été systématiquement bâillonnés, ostracisés, calomniés. Le plus grave encore, c’est que nous ne parlons pas toujours très clairement, nous utilisons des concepts compliqués.
Il faut reconnaître que le retour du radicalisme religieux renvoie surtout au vide spirituel et moral de notre temps. Ce vide produit des formes pathologiques de la religion et son instrumentalisation par des formes non moins pathologiques de la politique.
La modernité, avec ses divers principes théoriques et tout ce qui l’accompagne comme postulats scientifiques, technologiques, économiques et sociaux, n’a pas été impuissante uniquement devant cette guerre et ses retombées, elle a contribué plutôt, dans une large mesure, à justifier le despotisme politique, le populisme dangereux, l’intolérance, le génocide, les crimes de guerre et l’hégémonie colonialiste. Il en a résulté que ces avancées modernistes perdent leur influence sur la mémoire collective des sociétés politiques, réduisant leur efficience fonctionnelle de façon remarquable.
Comme réaction à cet état de fait, il y a eu une sorte d’interaction entre la religion et la politique qui a pris des formes de diverses dimensions. Elles sont parfois constructives et parfois destructives. Comme exemple de formes constructives qui ont été adoptées par l’interaction entre la religion et la politique, nous citerons ce qui s’est passé en Europe, après la Seconde Guerre mondiale, où le théologien pose, en collaboration avec le politicien, que l’essence de la religion se trouve, essentiellement, dans la solidarité, la tolérance, les droits de l’homme et la paix, plutôt que dans un ensemble de rituels de dévotion. Ainsi, au lieu de se satisfaire de la croyance et de l’accomplissement du culte, il est préférable d’exprimer cette dévotion par le biais d’une participation active au profit de la paix et de la solidarité humaine. Tout cela se passe dans le cadre de ce qu’on appelle : « La divinité de la libération».Quant au deuxième exemple représentant la relation entre la religion et la politique, nous
pourrions citer la tendance de certains mouvements politiques aux références religieuses qui se recroquevillent sur eux-mêmes et refusent tous les nouveaux concepts, rejetant globalement le dispositif de la modernité en refusant simultanément le rationalisme comme modèle de pensée et comme projet humain, sans autre raison que le fait que ceux-ci aient échoué.
Et, abstraction faite de ces mouvements politisés, il y a, désormais, une critique sérieuse qu’on fait aux idéologies modernes, il s’agit de celle qui est exprimée par les récents mouvements islamistes, sionistes et évangéliques, qui ont pris de nouveaux domaines, fertiles, comme cadre de leur tendance guerrière.
En fait, le plus grand défi actuel consiste en notre capacité à diffuser les valeurs humaines et à respecter le droit international. On ne peut plus se contenter de voir ces valeurs, prisonnières du cadre théorique et philosophique dans lequel les penseurs du siècle des Lumières les ont placées, ou comme un objet de «marketing religieux» et de justification hégémonique. Il est nécessaire qu’elles deviennent une vertu morale qui se fonde sur le respect du droit international et l’abandon de l’illusion de détenir le pouvoir planétaire absolu «au nom de Dieu». Il n’est pas du tout facile de tirer profit de ces valeurs sans un nouvel ordre mondial qui se repose sur le droit en respectant les principes de différence et d’altérité.
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