Il est parfois des moments, dans les films ordinaires d’une actualité qui s’emballe, sur lesquels il faut s’arrêter, constater, puis zoomer pour séparer les séquences. Avec un peu de clairvoyance peut alors apparaître, sous une image de grand éblouissement, une idée majeure plus claire de ce qui sous-tend la délivrance. Brandir le drapeau palestinien par le jeune et talentueux footballeur espagnol du grand FC Barcelone, Lamine Yamal, lors de la parade de son équipe pour fêter son titre de champion, est l’un de ces moments. Le message de ce geste — la dénonciation du génocide à Gaza et les crimes de guerre dans tous les territoires palestiniens occupés — ne pourrait être mieux choisi. Les réactions virulentes de l’élite politique et médiatique israélienne ont mis à nu la réalité brutale d’une entité occupante paranoïaque, où chaque colon se voit assiégé par ses crimes. On peut parler de résistance pacifique mentale où l’on tire des images au lieu de balles ou de pierres. J’ai toujours été intimement convaincu qu’il faut considérer les mots et les images comme des moyens pacifiques concrets de résistance et de dénonciation. Sachant que plus il y a d’idées pacifiques et d’émotions dans les messages, plus largement ils circulent. Car une parole sincère, un geste spontané ou une chanson engagée, sont capables de déstabiliser la toute-puissance de l’occupant. Souvenons-nous de la chanson populaire d’un chanteur égyptien de l’arrière-scène, Chaabane Abderrahim « J’aime Moubarak et Je déteste Israël». Une chanson qui est, certes, limitée musicalement, mais assez bouleversante par sa sincérité et sa spontanéité qui ont suffi à ébranler le moral des colons, donner du fil à retordre à leurs idéologues et brouiller la terrible machine médiatique, politique et sécuritaire de l’occupant. Souvenons-nous aussi du poème, «Les passagers», de Mahmoud Darwich, écrit en hommage alors à la première insurrection des «enfants de la pierre» dans la Palestine occupée, et de son effet ravageur sur Israël. Une simple chanson, un poème ou un geste immortalisé par une image peuvent donc avoir raison de n’importe quelle puissance.
En dépit de sa puissante armée, ses dirigeants génocidaires, ses fanatiques religieux, ses hordes colonisatrices et le soutien politique, médiatique, financier et militaire de l’Occident, l’entité sioniste vit dans un état de perpétuelle frayeur. Ce ne sont pas seulement les attentats de la résistance armée qui ont imposé chez les colons cette réaction hystérique de peur, mais des gestes purement symboliques. Ainsi se révéla le vrai visage de l’occupant : une entité aussi fragile qu’une toile d’araignée et ne pouvant guère résister aux tempêtes, même passagères. Ce qui n’est point étrange, quand on sait que cette entité se fonde sur les mensonges et la mystification et sur une haine viscérale à l’égard de la population palestinienne. Pour cette raison, la moindre lueur de vérité risque de remettre en cause son existence même en la plongeant dans les abîmes de la perdition et du désarroi. Pour chaque colon sioniste en colère contre Lamine Yamal, se dessine en effet la perspective d’un inévitable et irréversible départ de la terre palestinienne usurpée. Rien ne protégera donc plus cette entité, ni ses armées oppressives ni ses armes destructives, et pas même le soutien aveugle des pouvoirs occidentaux pris en otage par les lobbys sionistes.
C’est une vérité connue par tous ceux qui viennent en Palestine dans le but de spolier sa terre ainsi que par tous les rêveurs du « grand projet sioniste». Cette vérité, c’est l’enfant palestinien qui la connaît également quand il se rit des soldats israéliens qui fuient devant le déluge de pierres bombardant leurs chars. Cette évidence est le lien puissant qui, comme un destin, unit les Palestiniens, génération après génération, à leur pays.
127