Après 43 mois de mise en œuvre, le projet « Savoirs éco » a officiellement clôturé ses activités ce vendredi 19 juin 2026 à Tunis. Financé par l’Union européenne et mis en œuvre par Expertise France, ce programme doté de 4,5 millions d’euros a redessiné les contours de la production et de la vulgarisation de la connaissance économique en Tunisie.
Réunissant les hauts représentants des institutions tunisiennes, des partenaires techniques et financiers, ainsi que le monde académique et la société civile, cette cérémonie de clôture a permis de mesurer le chemin parcouru depuis février 2023. En accompagnant 24 structures productrices de savoirs économiques (SPSE) allant des think tanks aux centres de recherche universitaires, « Savoirs éco » avait pour objectif principal de décloisonner la recherche pour en faire un levier d’aide à la décision. Des résultats concrets en témoignent, à l’instar des 3 modèles économétriques développés avec l’ITCEQ, de l’appui au Recensement Général de l’INS, ou encore de la publication de 68 policy briefs abordant des problématiques aussi cruciales que la résilience macroéconomique ou la justice fiscale.
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S’exprimant au micro de Réalités Online en marge de la cérémonie de clôture, Manuel Bufala, Ministre conseiller et Chargé d’affaires de l’Ambassade de France à Tunis, est revenu sur la portée de ce projet, le rôle pivot des médias ainsi que sur l’urgence d’ancrer les politiques publiques dans des données rigoureuses.
Dans ce contexte, Manuel Bufala a salué la productivité exceptionnelle de ces trois années de coopération, évoquant un volume impressionnant de travaux et de dynamiques de recherche mis en œuvre. Pour le diplomate, l’enjeu fondamental de « Savoirs éco » réside dans l’accessibilité et l’utilité sociale de la science économique. « L’objectif, c’est de faire en sorte que le savoir économique, c’est-à-dire tout ce qui est produit par ces unités de recherche présentes en Tunisie, qui sont très qualifiées et très compétentes, soit le maximum accessible pour le débat public et pour les décideurs architectes des politiques publiques en Tunisie. »
Le rôle pivot des médias : de la recherche scientifique aux réalités du marché
S’agissant du rôle à jouer par les médias dans la chaîne de valeur du savoir, le diplomate a insisté que la recherche économique ne doit pas rester cantonnée aux sphères académiques et doit indisponsablement descendre dans l’arène publique et répondre aux préoccupations quotidiennes des Tunisiens.
« Je souligne le rôle très important que les médias ont dans la diffusion de ces savoirs et dans la vulgarisation. Il s’agit de faire en sorte que tout ce qui est produit par la recherche puisse être accessible, de sélectionner ce qui intéresse les citoyens tunisiens et de leur expliquer, sur la base d’éléments documentés par des chercheurs tunisiens qui ont beaucoup travaillé sur ces projets. »a-t-il déclaré.
Pour illustrer cette nécessaire passerelle entre la macroéconomie et le quotidien, Manuel Bufala a énuméré les grands défis thématiques que les médias doivent s’approprier pour éclairer le citoyen. Il s’agit à titre d’exemple de décoder les mécanismes complexes de l’inflation et de la hausse des prix sur les marchés, d’analyser de manière rigoureuse les causes profondes des inégalités de développement entre les régions tunisiennes, et de vulgariser les impacts concrets du dérèglement climatique tout en mettant en lumière les stratégies d’adaptation locales.
Selon lui, la finalité ultime de cette démarche est de fournir des « éléments rigoureux et robustes qui permettent aux Tunisiens de participer activement au débat sur la base de faits.
Interpellé sur les prochaines étapes pour pérenniser les acquis de « Savoirs éco » et sur une éventuelle « Phase II » du projet, Manuel Bufala a considéré que plus qu’un nouveau financement, c’est l’autonomisation et la capitalisation de la dynamique créée qui importent aujourd’hui.
Tout en rappelant la masse critique de connaissances générées et surtout l’impulsion collaborative insufflée entre les structures de recherche tunisiennes, françaises et européennes, Manuel Bufala a estimé que la véritable valeur ajoutée de « Savoirs éco » réside dans cette synergie d’ores et déjà opérationnelle, un capital immatériel appelé à survivre au calendrier initial du projet et à nourrir durablement la réflexion stratégique.
Il a dans ce contexte appelé les forces vives et aux professionnels des médias à s’approprier pleinement cet héritage scientifique. Manuel Bufala a ajouté que loin d’être un point final, la clôture de ce projet doit marquer le début d’une exploitation intensive de ses livrables. Selon lui, la presse dispose aujourd’hui d’un gisement de données inédit pour enrichir ses grilles de lecture et éclairer l’opinion, rappelant que l’utilité sociale de la recherche dépend de sa capacité à être vulgarisée et partagée.