Sebastien Sanchez, DG des Assurances Maghrebia et Maghrebia Vie : “Nos relais de croissance se situeront aussi à l’international”

Résultats financiers solides, business plan tenu, augmentation de capital, ambitions africaines, engagement RSE et digitalisation… Le Directeur général des Assurances Maghrebia et Maghrebia Vie, Sebastien Sanchez, dresse le bilan d’une année 2025 marquée par de bonnes performances pour le groupe et sa filiale Maghrebia Vie. Entre stratégie de croissance, transition environnementale et perspectives d’internationalisation, il revient sans détour sur les grands chantiers de la compagnie.

Quel bilan financier tirez-vous de l’année 2025 ?

2025 a été une bonne année pour Maghrebia, et une très bonne année pour Maghrebia Vie. Toutes les deux ont très bien performé.

Assurances Maghrebia a enregistré une progression de son chiffre d’affaires légèrement supérieure à 10%. Cette croissance n’est pas le fait d’un seul segment porteur, elle est plutôt homogène et transversale dans la mesure où l’ensemble des activités ont dépassé le seuil des 10%.

Le résultat avant impôt s’établit à 38,2 MDT, soit une hausse de 7,5% par rapport à 2024.

Quant à Maghrebia Vie, elle affiche une progression de son chiffre d’affaires supérieure de l’ordre de 10%. C’est aussi une très bonne année au niveau de cette structure qui a effectivement enregistré une forte croissance à deux chiffres. En 2025, le résultat avant impôt a atteint 29,3 MDT, en hausse de 17,8% et le bénéfice net s’est établi à 23,36 MDT, également en hausse de 15,7%.

Quelles sont les réalisations par rapport au business plan tracé ?

Introduite en bourse en décembre 2022 avec un business plan quinquennal ambitieux, Maghrebia Vie a tenu toutes ses promesses : sur chacun des quatre premiers exercices, l’ensemble des indicateurs clés, à savoir le chiffre d’affaires, le résultat net et les fonds propres. Nous sommes à peu près 5 à 6 % au-dessus du BP.

Nous entamons la dernière année du BP et nous espérons également le surperformer.

Pour Maghrebia, 2024 était la dernière année de suivi lié à l’entrée en bourse. Le BP avait alors été largement dépassé, sur tous les plans. Pour l’année 2025, nous avons atteint notre budget, ce qui constitue également un exercice satisfaisant à cet égard.

Le cadre réglementaire régissant votre activité présente-t-il, selon vous, des lacunes ?

Non, il n’y a pas de lacunes. Au contraire, je trouve que la réglementation tunisienne est en train de monter en exigence, et c’est une bonne chose.

Nous avons vu paraître en 2025 des règlements spécifiques à l’assurance qui sont assez déterminants, notamment sur l’encadrement de l’externalisation des prestations. Un règlement est également sorti sur la qualité des ventes, un point fondamental sur lequel, pour l’instant, nous en sommes encore aux principes généraux mais tout cela est en train de se normer progressivement.

Les réclamations, de leur côté, sont examinées avec beaucoup d’attention par le régulateur des assurances. Donc, je trouve que la question de règlementation est traitée avec beaucoup de sérieux.

Il y a peut-être eu des attentes de la part des compagnies d’assurance pour bénéficier davantage d’opportunités de distribution en bancassurance, ou pour travailler avec d’autres intermédiaires de distribution. Mais concernant l’encadrement des risques, celui-ci se structure au contraire de plus en plus rapidement, et c’est une très bonne chose pour le secteur.

Voyez-vous des axes d’amélioration pour le secteur d’assurance ?

Je pense que nous disposons déjà d’un socle bien précis. À mon avis, je n’ai pas de recommandation particulière à faire à ce sujet. Les compagnies d’assurance se réunissent au niveau de l’association, la FTUSA, et nous échangeons également avec le CGA. Mais nous n’avons pas de sujet particulier à soulever.

Il nous arrive, de temps en temps, de formuler des demandes pour revoir certains tarifs réglementés, ce qui est légitime du point de vue des compagnies d’assurance. De son côté, le CGA joue pleinement son rôle en veillant aux intérêts de la population en général. Ce sont donc des échanges qui se font naturellement.

Vous venez d’approuver une augmentation de capital. Qu’attendez-vous de cette opération ?

Il s’agit d’une augmentation de capital par incorporation de réserves facultatives. En réalité, l’idée est la suivante : Maghrebia a terminé en 2024 son cycle quinquennal d’entrée en bourse, en ayant réalisé son business plan. Pour célébrer cette réussite, la société a légèrement augmenté son niveau de payout, afin de récompenser les actionnaires de leur fidélité.

Malheureusement, le cours de bourse n’avait pas énormément réagi à ces performances. Cette opération était donc aussi une façon de récompenser les actionnaires qui nous accompagnent depuis de nombreuses années et qui considèrent Maghrebia pour ce qu’elle doit être, une compagnie d’assurance, une valeur de fonds de portefeuille que l’on détient sur le long terme.

C’était donc avant tout une manière de récompenser les actionnaires. Il ne s’agit en aucun cas d’une levée de fonds auprès du marché ni d’une opération destinée à financer une nouvelle activité.

Où en est Assurances Maghrebia par rapport à la mobilité électrique dont on parle depuis une bonne période ?

Assurances Maghrebia propose déjà des tarifs préférentiels sur les véhicules à motorisation hybride et électrique.

Je ne sais pas dans quelle mesure cette politique sera tenable sur le long terme, car nous observons une accélération des ventes de véhicules hybrides, portée aussi par des incitations fiscales sur ce type de motorisation. En Tunisie, les prix de vente des véhicules hybrides et électriques sont ainsi devenus plus bas que ceux des véhicules thermiques équivalents. Il faut cependant savoir que les coûts sinistres sont supérieurs, car dès que l’on touche à une batterie sur un véhicule hybride ou électrique, la réparation coûte très cher.

Mais pour l’instant, nous encourageons cette transition par des tarifs préférentiels sur ces motorisations.

Concernant l’internationalisation, envisagez-vous de pénétrer de nouveaux marchés, en Afrique par exemple ?

Pour l’instant, nous n’avons pas de projet sur le feu. Sur le plan stratégique, il y a un enjeu de veille de marché, notamment de veille internationale, donc nous regardons ce qui se fait. Mais ce que nous savons, c’est que nous n’irons pas sur un nouveau marché seul. Il nous faudra trouver un partenaire local pour nous accompagner.

Ce partenaire peut être une banque, un IMF (institution de microfinance), un opérateur télécom ou une combinaison de deux ou trois de ces acteurs. Nous regardons donc cette question de près, car sur le long terme, les relais de croissance du groupe se situeront aussi à l’international. Aujourd’hui, Maghrebia occupe la deuxième place en termes de poids sur le marché tunisien.

Nous avons donc encore des perspectives de croissance importantes sur notre marché domestique, car le taux de pénétration de l’assurance y reste faible, entre 2 et 3% en Tunisie. Cela dit, nous savons qu’à moyen et long terme, il faudra disposer de relais de croissance sur d’autres marchés. Mais nous n’avons pas encore identifié de cible à court terme.

Quelle est la contribution d’Assurance Maghrebia en matière de RSE ? Y a-t-il un plan en place ou un budget d’investissement prévu pour les prochaines années ?

Oui, il y a effectivement un plan en place. Nous articulons notre démarche autour de quatre axes, assez classiques : un axe environnemental, un axe social, un axe sociétal et un axe gouvernance et éthique.

Je pense que l’axe sur lequel nous avons enregistré les progrès les plus visibles est l’axe environnemental. Malgré la forte croissance de nos effectifs, nous constatons une baisse de notre consommation et de nos émissions de gaz à effet de serre. Nous suivons le scope 2 sur les gaz à effet de serre, le scope 1 ayant peu de sens pour une société financière. Quant au scope 3, nous sommes encore en train de travailler à son calcul précis.

À côté de cette baisse des émissions, notre programme de reboisement avance très bien. Nous avons ainsi atteint notre objectif de compensation, en absorbant l’équivalent des gaz à effet de serre émis, avec un an d’avance sur notre engagement initial. Nos visions pour 2026, nous les avons atteintes dès 2025.

Sur les autres axes, nous avons un enjeu important autour de l’inclusion financière et de la santé pour tous. Nous avons beaucoup investi sur ce volet, notamment aux côtés de notre partenaire de microfinance.

Concernant le mécénat, nous investissons environ 700 mille dinars annuellement dans diverses actions. C’est donc une démarche qui se poursuit dans la durée.

Nous avons par ailleurs défini, pour chacun de nos enjeux RSE, des cibles précises pour les années à venir. C’est donc une démarche structurée et engagée.

A propos de la digitalisation, quel est l’état d’avancement chez Assurances Maghrebia ? Existe-t-il un indicateur ou un taux pour le mesurer ?

On ne peut pas vraiment parler d’un taux de digitalisation global, car il faut raisonner processus par processus. Nous avons été la première société d’assurance à proposer la gestion des sinistres automobiles en ligne, via une application. Aujourd’hui, cette pratique s’est beaucoup généralisée dans le secteur.

Nous avons également été la première société d’assurance à mettre en place le remboursement des bulletins de soins en ligne, via notre portail. Nous continuons ainsi à digitaliser nos processus en y intégrant progressivement davantage d’intelligence, notamment pour analyser les demandes de remboursement, détecter les cas atypiques et accélérer le traitement des dossiers.

Prenez l’exemple de la numérisation des bulletins de soins : deux choix sont possibles. Soit un gestionnaire qui ressaisit manuellement les données, soit un système intelligent qui s’en charge automatiquement dans notre back-office. C’est pourquoi de nombreux investissements sont réalisés dans ce domaine. γ

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