Quarante jours après le début de la guerre déclenchée par les frappes américano-israéliennes contre l’Iran, un fragile accord de cessez-le-feu de deux semaines a été conclu pour permettre d’entamer des pourparlers en vue de mettre fin à cette guerre. Mais l’omniprésence des considérations politiques, économiques et stratégiques a occulté une très dangereuse dérive au point que l’on ne veut pas entendre les signaux, très alarmants, d’une guerre religieuse.
En pratiquant une session d’exorcisme à la Maison-Blanche, la conseillère religieuse du président américain Donald Trump, la très controversée Paula White-Cain, s’est livrée à une comparaison entre le parcours de l’ancien roi de l’immobilier new-yorkais ayant accédé aux commandes de la première puissance mondiale et celui de Jésus-Christ, «parce qu’il a été victorieux, vous serez également victorieux dans tout ce que vous entreprendrez», a-t-elle prédit.
De son côté, Pete Hegseth, ministre américain de la Guerre, n’a pas cessé, depuis le déclenchement de la guerre, de prier pour les militaires «au nom de Jésus-Christ».
Dans ce chaos affreusement tragique, la célèbre prophétie d’André Malraux et la très explosive idée de Samuel Huntington prennent tout leur sens : «La guerre des religions» et «Le choc des civilisations». C’est ainsi que Donald Trump et son administration, cherchant à gagner la sympathie de l’opinion publique américaine, essaient de faire croire que cette guerre, largement impopulaire dans leur pays, est une guerre de religion et de civilisation qui oppose judéo-chrétiens et musulmans chiites.
Pour les belligérants, le temps s’est arrêté, depuis longtemps. Des ténèbres opaques et sibyllines du passé, ont émergé de nouveaux prophètes évangéliques et chiites, venus annoncer le retour tant attendu à l’aube de l’histoire. Les uns prêchent pour un éventuel retour du Christ qui dépendrait du retour du peuple hébreu à la «terre promise». Les autres attendent le retour de Mahdi le sauveur. Une foucade qui ne peut ni soutenir l’analyse raisonnable ni, d’ailleurs, se concilier avec la vérité historique. La vérité ne meurt jamais. Quand tout sera falsifié, il y aura toujours quelqu’un pour démentir les mauvais présages des «fous de Dieu» et entretenir l’espoir de consolider la vérité historique. Le théologien allemand Julius Wellhausen met en doute la fameuse traversée du Sinaï et la conquête de la Palestine par les Hébreux, surtout que l’archéologie ne confirme ni la traversée du Sinaï ni celle du Jourdain pour prendre Jéricho et les autres villes de Palestine. Cette distorsion biblique contient une foule d’absurdités et de contre-vérités, et les efforts que les sionistes et les évangélistes ont faits pour la concilier avec les vérités historiques n’ont abouti qu’à faire de l’histoire judéo-chrétienne un chaos impénétrable. Pour les chiites, l’éternelle préparation de l’arrivée du Mahdi, qui comblera la terre de justice, est une lubie glissée dans une composition des «Hadiths» créée de toutes pièces, deux siècles après la mort de Mohammed. De telles tendances s’avèrent une forme d’hostilité à l’égard de la vérité historique, ce qui risque de ne laisser aucune chance aux peuples du Moyen-Orient de penser à une paix durable et stable.
L’histoire a démontré que le fait de chercher à ravir les libertés des peuples, à s’emparer de leurs richesses, à saper leurs acquis civilisationnels, s’effectuait tout au long des siècles derniers, par le biais d’une toile d’araignée et d’une stratégie de la pieuvre dont le triangle impeccablement et harmonieusement agencé comprend «le militaire, le commerçant et le religieux». Ce dernier a, dans cette logique de domination, un rôle névralgique et sensible. Il est le prêcheur qui s’empare de la raison, le missionnaire qui change le cours des évènements en falsifiant l’histoire sur le fondement de données illusoires, de phénomènes insolites, mineurs et éphémères.
Les peuples colonisés ont plus souffert des falsifications de ce type de religieux radicalement extrémistes et reliés organiquement à la dialectique de la logique coloniale que du colonialisme lui-même. Les néo-colonialistes évangélistes américains et les colons sionistes israéliens ne cessent d’avoir la nostalgie du passé, ce qu’on appelle «les guerres saintes», comme s’ils souhaitaient que l’Histoire marche à reculons.