Commençons par une évidence afin de couper court à tous les malentendus : notre ambition tend, avant tout, à établir les faits, puis en donner une interprétation cohérente, sans dommage trop grand pour l’idéal de la vérité et de l’objectivité. Car, en ces temps difficiles, le retour à un minimum d’honnêteté intellectuelle s’impose urgemment. La nouvelle querelle qui prévaut en ce moment dans notre pays porte sur l’opposition politique tunisienne à l’étranger et sa crédibilité. Les débats sur cette question ne cesseront jamais. Une véritable navigation dans les ambitions, les espoirs, les désirs, les aspirations et les fantasmes, qui ne connaîtra jamais de repos. Nombreux sont les opposants qui aimeraient ne nous donner à écouter que des «discours déroulés», où la désinformation, allant de soi, y retourne aussitôt, comme celle du caméléon qui ne sort que pour enfouir sous les mensonges une évidence encombrante. On le sait, depuis longtemps, l’opposition tunisienne est en crise. Une crise insidieuse et infiniment profonde qui prend la forme d’une inexorable montée en puissance de la défiance des gens envers toutes ses composantes. Une opposition dogmatique, aveugle, enfermée dans ses préjugés, fascinée par une arrogance impitoyable. Ses «leaders» peuvent même se vanter d’une prouesse : avoir réussi à créer l’unité des Tunisiens contre eux. Chose désormais très rare dans une scène politique diversifiée.
Ce constat n’est pas récent mais il est plus vrai, chaque jour, et sa gravité est désormais impossible à ignorer. Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et interdit aux autres d’ouvrir les yeux. S’interroger sur le rôle de cette opposition exilée face aux défis est un devoir qui nous rappelle que la vérité ne peut s’écrire avec la plume du cynisme trempée dans l’encrier de l’arrogance. Comme on pouvait le craindre, la suspicion régnante entre les différentes composantes de l’opposition politique dans notre pays devient l’illusoire recours à toutes les misères du pays. Le niveau de débat s’est affaissé entre l’indignation parfois hystérique des uns et l’indifférence à la vérité et à la réalité vécue, des autres. On n’argumente plus, on crie et on ment, le déchaînement le plus excessif pointe le nez.
Personnellement, je ne vois dans cette véhémence qu’une propension à régresser et à céder aux comportements les plus infantiles menant aux pires excès.
Cette situation en dit long sur l’amateurisme, pour ne pas dire l’incompétence, de la plupart de ceux qui forment cette opposition. Ils ne savent pas ce qu’ils font. De plus, ils le font très mal. Plongés dans la tempête, gagnés par le doute, ils savent que la confiance du public dans ce qu’ils présentent est au plus bas. Ils savent aussi que les gens préfèrent les contourner, mais ils ne réagissent pas en continuant à vivre tranquillement dans les brouillards de la désinvolture.
Notre pays, certes, a besoin d’une opposition vigoureuse, mais aussi constructive, qui propose, contribue, innove. Car la route sera longue. Pour résister à tous les défis, nous avons besoin de toutes les idées. C’est pour moi une condition obligatoire pour instaurer une vraie démocratie. En ignorant certains principes de base, nos opposants exilés s’obstinent dans une escalade qui ne réglera aucun des problèmes du pays. Il faut que l’opposition démocratique assume un cap et une vision. Sinon, paradoxalement, ses promesses, dont celles d’une démocratie participative, deviennent folles et ne servent qu’à gérer l’impuissance et l’échec. La vocation première d’une opposition «responsable» est de protéger les institutions de l’État et de sauvegarder les valeurs émancipatrices, dont la liberté d’expression. Il est certain que des erreurs ont existé, sont plus ou moins identifiables, voire répréhensibles. Doivent-elles, peuvent-elles aller jusqu’à la pénalisation de toutes les institutions du pays et mettre au piquet la société tout entière ?