Festivals sous le feu

Ce n’est pas un débat inédit : il revient chaque été, depuis quelques années maintenant, comme une antienne estivale. Alors que de nombreuses régions du pays s’animent au son des festivals et vibrent au rythme des spectacles en plein air, les feux de forêt qui se déclarent un peu partout, notamment dans le Nord du pays, relancent inévitablement la question des priorités nationales. Un affrontement s’installe alors entre deux camps inconciliables : d’un côté, ceux qui exigent l’arrêt pur et simple des festivals, estimant que le contexte actuel — marqué par la coupure de l’électricité, de l’eau et les incendies — ne s’y prête pas ; de l’autre, ceux qui défendent le droit de la culture à exister indépendamment des circonstances, refusant qu’elle devienne l’otage de chaque crise conjoncturelle.

Cette controverse a été ravivée par une vidéo devenue virale, montrant des flammes ravageant des forêts à quelques kilomètres seulement du site archéologique de Dougga — où se déroulait, au même moment, un concert de Lotfi Bouchnak devant un public nombreux. Sur les réseaux sociaux, plusieurs activistes ont dénoncé ce qu’ils ont qualifié de « je-m’en-foutisme » et d’indifférence coupable, réclamant l’arrêt immédiat de ces événements ou, à tout le moins, leur boycott.

Certes, l’image dérange, choque et prête légitimement à la polémique. Mais s’accrocher mordicus à une telle position nous paraît excessif et peu raisonnable. Les festivals estivaux, comme toute forme d’expression culturelle, ne relèvent pas du superflu ou du luxe accessoire. Ils offrent aux citoyens un espace de respiration essentiel face au stress et à la routine du quotidien, tout en constituant un véritable moteur économique. Toute une chaîne de métiers en dépend — artistes, musiciens, techniciens, prestataires — qui n’attendent que ces rendez-vous annuels pour assurer leur subsistance.

Le parallèle avec le domaine sportif offre, à ce titre, un éclairage particulièrement révélateur. Bien que le sport national peine fréquemment à susciter la fierté collective — comme en témoignent les prestations souvent décevantes, voire controversées, de nos équipes nationales et de nos clubs dans les compétitions continentales —, l’idée de suspendre les championnats ou de fermer les stades en période de crise ne vient à l’esprit de personne.
 Traiter la culture différemment, en la sommant de s’éteindre à la moindre épreuve et annuler purement et simplement des festivals, c’est oublier que derrière la scène artistique se trouve un tissu socioéconomique tout aussi fragile et essentiel au paysage national.

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