La Goulette n’oublie jamais Claudia

Il y a des visages qui appartiennent au monde entier et qui, pourtant, ne cessent jamais d’appartenir, un peu, à un seul endroit. Celui de Claudia Cardinale est de ceux-là. Un an après sa disparition, c’est à La Goulette, et nulle part ailleurs, que l’on a choisi de lui dire au revoir une seconde fois — face à cette fresque qui, depuis quelques années déjà, veille sur la ville comme un clin d’œil silencieux à l’une de ses enfants les plus célèbres.

On pourrait s’étonner que l’hommage ne se joue pas à Rome, où sa carrière a explosé, ni à Hollywood, où son nom s’est inscrit au firmament du cinéma mondial. Mais c’est justement là tout l’intérêt de cette soirée : elle refuse le récit trop simple de la star internationale pour revenir à quelque chose de plus intime, presque de plus vrai — l’enfance. Celle d’une petite fille née à Tunis en 1938, qui a couru dans les rues de La Goulette bien avant de croiser Visconti ou Sergio Leone.

La programmation choisie ne devait d’ailleurs rien au hasard. Projeter «L’Île du Pardon », l’un des derniers films où elle apparaît à l’écran, réalisé par un cinéaste tunisien, c’est refermer la boucle plutôt que de l’ignorer : la Tunisie n’aura pas seulement vu naître Claudia Cardinale, elle aura aussi accompagné, symboliquement, l’un de ses derniers rôles. Vue sous cet angle, la soirée du 27 septembre a ressemblé moins à une commémoration classique qu’à un dialogue entre une ville et une mémoire, entre une fresque et un film, entre ce qu’elle fut avant de partir et ce qu’elle est devenue en partant.

On pourrait se demander, au fond, ce que cette soirée change vraiment. Rien, sans doute, à l’échelle du monde, Claudia Cardinale restera cette immense actrice que l’histoire du cinéma a déjà consacrée. Mais à l’échelle d’une ville, et de tous ses fans, elle change peut-être une chose essentielle : elle rappelle que les grandes trajectoires internationales n’effacent jamais tout à fait les petites géographies intimes d’où elles sont parties. La Goulette n’a pas produit une star mondiale. Elle a vu grandir une petite fille, et c’est peut-être elle, avant tout, que l’on a célébrée dimanche dernier.

Related posts

Les droites scélérates

La faillite morale de l’ONU

Comment va le monde ? Mal, bien sûr