« Tunisie-L’opposant historique Ahmed Néjib Chebbi arrêté après avoir été condamné, en appel, à 12 ans de prison ».
La chaîne LCI l’annonce le 4 décembre après-midi. L’information passe en boucle en ces temps où les autorités vitupèrent contre l’ingérence étrangère.
Chez un média sioniste et raciste où pue la crasse de ce dégueulasse David Poujadas, d’où provient l’intérêt soudain pour un pays défenseur des Palestiniens, stigmatisateur des envahisseurs ? Haro sur le baudet ! Sous le couvert de l’information passe, en contrebande, la dénonciation. Voici comment la Tunisie agit avec l’expression, libre, des opinions. Pas un mot de l’accusation officielle afférente au complot. Mais laissons tomber le sionisme et son flagrant cynisme.
Au cas où l’accusation porterait sur l’alliance politique de Chebbi avec la bande à Ghannouchi, pour venir à bout du régime, l’association d’un homme de gauche avec une extrême droite pose problème. Au temps où, revenu de Paris, Khemaïs Chamari entrait au parti de Mestiri, je lui posai cette question : « Comment toi, le perspectiviste pur et dur, entres-tu dans un parti aussi modéré ? ». « C’est la seule façon, pour moi, de continuer en politique », rétorqua-t-il. Est-ce ainsi que pense Chebbi aujourd’hui ? Mais lorsque les affiliés à deux orientations idéologiques recherchent l’accès au pouvoir, le mieux outillé sabre son associé, une fois parvenus, tous deux, au seuil de l’autorité. En Iran, Mossadak fit les frais de ce faux pas malgré sa contribution au départ du Chah.
Semblable perspective aurait guetté la romance Chebbi-Ghannouchi au cas où ce duo serait parvenu, enfin, à ses fins. Dans la mesure où le présent colporte les germes du futur, un militant de gauche rate le coche vu le rapport des forces. Face à l’éventualité peu souhaitable, René Descartes livre, en 1637, une recommandation indubitable, dans son Discours de la méthode : « Changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde », car « l’enfer est pavé de bonnes intentions » selon Saint-Bernard de Clairvaux qui écrivait au XIIe siècle, bien avant ses plagiaires quelque peu retardataires.
De son côté, Taboubi, mosmar jha, lui-même contesté, met à profit le bal des contestataires pour décréter la grève générale, juste le jour où, de coutume, se tiennent les manifestations commémoratives de l’assassinat perpétré par le gouvernement français contre Farhat Hached. Or, selon Lénine et d’autres penseurs activistes, la grève générale donne à voir l’antichambre d’une prise du pouvoir. Si Taboubi parvient à paralyser le pays, tout lui devient permis. L’enjeu de taille incite les deux protagonistes à l’emporter vaille que vaille. Ou bien le déclencheur de la paralysie tombera ou alors le campé au sommet de l’Etat chutera.
Quand le puissant Habib Achour décréta la grève générale, Bourguiba ne badina pas. Il était là, en embuscade, et frappa.
Aujourd’hui, avec Taboubi, l’attente grandit au fur et à mesure qu’approche le jour J. Si la grève trébuche, Taboubi perd la face et risque, à terme, de perdre sa place. Dans ces conditions politiques, cette grève annoncée préoccupe l’opinion publique. Tel ne fut pas le cas au temps où Bourguiba récitait la Fatiha, chaque année, commémorative, sur la tombe de Farhat Hached. N’en déplaise à Taboubi et à son évocation du passé, glorieux, de l’UGTT, le syndicat n’a rien d’un invariant.
Il dépend d’agents sociaux branchés soit sur la défense des travailleurs soit sur leur intérêt particulier. Or, « La volonté de puissance », mot de Nietzsche, et l’hybris titillent l’esprit de Taboubi. Le 3 décembre, Fethi Hached, marchand de légumes et fruits, me dit, à propos de Taboubi : « A l’origine, il travaillait dans la boucherie. Ça lui a laissé un complexe d’infériorité. Maintenant, il veut montrer, à tous, qu’il est important. »
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