Circassien de naissance, mamelouk, Kheïreddine Pacha fut premier ministre en Tunisie puis en Turquie à l’époque ottomane. Il écrivit deux ouvrages, le plus connu étant « Aqwam al massalik ». Son orientation réformiste, inaugurée par Mustafa Kemal Atatürk et adoptée par le Grand Combattant englobe la question de la religion et de ses messagers. La sécularisation commence, donc, avec Kheïreddine et son institution du collège Sadiki en 1875. Cet enseignement novateur est mis en compétition avec la formation zeitounienne.
Ainsi naissait la confrontation entre tradition et modernité. Cependant, pour tous les tenants de la doxa islamique, le prophète Mohammad fut et demeure le dernier des messagers. Mais outre le culte voué aux saints, le pluralisme religieux, en Tunisie, met en scène, avec l’islam, le christianisme, le judaïsme et le bahaïsme moins connus du grand public. J’ai eu l’occasion de connaître quelques-uns de ceux-ci par l’entremise de Nadia Omrane. Parmi eux figurent Omar Shabou, l’ancien directeur d’une revue dénommée « Le Maghreb ª, le photographe de ce média et son père mort d’un sévère cancer. Ces bahaïs tentèrent, en vain, de me convertir à leur délire et m’offrir des ouvrages à lire. Pour eux, à chaque cycle historique, Dieu, l’unique, inspire un messager approprié aux circonstances renouvelées. Que faire, autrement, quand la maudite voiture occupe les territoires évacués par les dromadaires ? Désormais, le nouveau messager rompt la routine et a pour nom Baha’Eddine, à ne pas confondre avec Baha’Allah, le fondateur du Bahisme, croyance religieuse des années 1817-1872. Le bahaïsme dérange l’islam fût-il sunnite ou chiite. Tout musulman oppose une réfutation catégorique au bahaïsme, rangé parmi les superstitions dans la mesure où le prophète Mohammad est « Khatimou al anbya « . Pareille stigmatisation n’épuise guère les raisons de la colère. L’un de mes anciens élèves au lycée mixte de Bizerte, Habib Ahriz, devenu directeur des Affaires politiques au ministère de l’Intérieur, me dit ceci : « Le bahaïsme a été fomenté par les services secrets britanniques pour espionner les pays colonisés. Notre contre-espionnage a pour mission de le pourchasser » .
Sous couvert de croyance et de religiosité passe, en contrebande, l’enjeu disputé. Trump et Poutine parlent de paix à l’instant même où ils partagent la prochaine aubaine ukrainienne. Machiavéliques, les sionistes infligent le nettoyage ethnique au nom du retour promis à la Judée-Samari. Le ciel étoilé maquille la terre usurpée. Semblable apport de l’investigation cligne vers la production et la reproduction des messagers diversifiés. Ainsi ne cessent d’interférer les supputations spirituelles et les avantages matériels.
« L’homme pense parce qu’il a des mains « , écrit Anaxagore de Clazomènes.
Or, la croyance relève de la pensée quand les mains évoquent les enjeux escomptés. Dans ces conditions, le propos d’Anaxagore dirige la vision iconoclaste peaufinée par Marx, Freud et Nietzsche.’« C’est l’homme qui fait la religion et non la religion qui fait l’homme « , dit l’auteur du « Capital « . Tout aussi radical, Nietzsche procède par le vide intégral. Dans « Le Gai Savoir ª, il écrit « Dieu est mort ª avec « Le crépuscule des idoles « . C’est donc la terre nourricière et non pas le ciel étoilé qui produit les messagers. La pilule est malaisée à gober par les ouailles des religions révélées. Néanmoins, j’y perçois un avantage inégalé. Dans la mesure où l’éducation religieuse inculque aux gamins la vénération de la divinité, elle apprend, aux devenus adultes, l’adoration de la personne aimée. Car, en tout état de cause, « on manque la seule définition qui convienne ‡ la femme : un bien, qu’il faut savoir qualifier non pas comme suprême mais comme NON RAVAL… « , écrit Moustapha Safoua dans « La sexualité féminine « .
96